Mon objectif premier n’était pas d’imposer une attitude ou une manière de penser, mais juste d’insuffler à mon fils l’amour de la nature, la douceur de la vie sous son plus bel aspect, la pêche.

 

 

<< Mes premières effluves de menthe poivrée, mes premiers vairons, je te les dois. Tu m’as initié puis tu t’es effacé comme si tu l’avais compris … Compris que cette nature, il me fallait la découvrir et communier avec elle dans la plus grande liberté, dans la plus grande intimité. Je n’ai pas saisi la subtilité de la démarche, trop jeune sans doute. Du haut de mes six ans, je ne pouvais que te reprocher ces absences perpétuelles et cette solitude que je vivais au bord de l’eau en grandissant. Cet amour, cette passion, maintenant j’ai compris, je te les dois. Tu as su planter la graine et la laisser pousser sans tuteur pour qu’elle soit naturellement à sa place au milieu d’un monde fait de poissons, d’oiseaux et d’eau.>>

 

 

<< Alors ce texte t’es dédié…>> 

 

La voici…

 

Mon objectif premier n’était pas d’imposer une attitude ou une manière de penser, mais juste d’insuffler à mon fils l’amour de la nature, la douceur de la vie sous son plus bel aspect, la pêche. Je n’ai jamais renié le gamin qui sommeille en moi, l’ Huckleberry Finn qui me pousse depuis mon plus jeune âge à *goyer systématiquement dans la première rivière en vue. C’est pourquoi et tout naturellement que notre chemin s’est doucement posé là où coule l’eau, là où la vie est la plus belle dans les yeux d’un enfant.

 

L’eau est et restera toujours à mon humble avis, un lieu d’effervescence, un magnifique support pour enseigner l’incontournable légèreté de l’être. Son environnement est le plus beau terrain de jeu qu’il puisse exister pour enseigner l’art de la patience et la maîtrise de ses sens à un jeune padawan. Je l’avoue ou plutôt je l’espère, que durant toute sa vie, Théodore aura compris qu’il existe toujours une échappatoire à tous problèmes pour se ressourcer, la nature…

 

En voici mon plus beau récit :

 

Un de ces soirs de printemps…

 

Ayant décidé de lui transmettre dans les règles de l’art la passion de la pêche, j’avais patiemment observé évoluer les carpes dans mon jardin secret ; ce soir-là c’était le bon moment …

Pour lui servir je l’espérais un bon brin d’expérience et de bonheur. Partis tous deux pour une banale vadrouille au bord de la rivière, nous avions fait le choix tout d’abord d’observer comme il se doit le poisson, et là …

 

Elles étaient au rendez-vous.

 

 

Perchés sur un arbre récemment coupé (merci à celui qui l’a couché en croyant barrer le chemin des curieux …) nous avons pu admirer de magnifiques carpes et amours … On ne pouvait pas mieux rêver pour enseigner l’art et la manière de l’approche.

 

S’étant bien rincé l’œil, il était temps de passer à l’action …

 

Après une bonne marche pour accéder à la berge d’en face, nous étions enfin prêts à sniper, du moins on l’espérait. J’avais juste prévu deux cannes munies toutes deux d’un montage avec plomb et bas de ligne fluoro de 30 cm, hameçon n° 8 et un seul mais plastic décollé de 20 centimètres.

Le premier montage fut déposé tout en douceur à trois mètres devant nous, couchés dans les herbes pour ne pas signaler notre présence …

 

 

Pas de pic, pas de détecteur, juste une épuisette …

 

Alors que je m’apprêtais à déposer le deuxième piège, mon fils aussi surpris que moi me fit signe que le premier moulin s’emballait comme un fou… Incroyable !

 

Un chevesne, ça ne pouvait être qu’un chevesne ?!…

 

Mais au ferrage je compris bien vite que c’était beaucoup plus puissant. Mon regard croisa alors celui du fiston, en pleine action … L’instant magique était là et nous le partagions à en toute intimité dans une nature des plus sauvages !

Après quinze minutes de combat acharné ou ni l’un ni l’autre ne souhaitions voir le poisson s’envoler, une magnifique miroir se retourna en surface et d’un coup d’épuisette le fiston captura la belle. Quand on sait la taille de notre épuisette et le gabarit de ce poisson, on peut dire que la tache risquait d’être rude … Mais ce jour-là, la chance nous accompagnait …

 

<< Et Théodore l’enveloppa d’un coup de maître ! >>

 

 

Voilà,

c’était l’histoire de deux gamins passionnés …

 

Aussi courte qu’intense, brève puisqu’il s’est égrené une petite heure pendant tout ce mémorable périple. Une petite heure que je revis avec tant de plaisir à chaque fois que j’y repense en fermant les yeux. Parfois les plus beaux souvenir prennent toute leur valeur émotionnelle avec le temps, ce temps qui nous ronge à petit feu, mais que je continue à regarder droit dans les yeux, pour construire de nouveaux souvenirs tout aussi riches, avec la légèreté et l’innocence d’un enfant…

 

 

* goyer : (Champagne, Ardenne & Lorraine) Jouer en s’amusant dans l’eau ou dans la boue…

 

Rod / Théodore