31 mars 18H00, comme une bonne partie des français, je suis figé devant ma TV. Le verdict tombe, entravé pour la troisième fois en un peu plus d’un an. Partagé entre résignation, colère et malgré tout, compréhension, j’ouvre mon « planning-pêche » du mois à venir et contemple les dégâts.

OCT 2021

 

Chroniques d’un pêcheur confiné

 

CARPE MAGAZINE ARTICLE N°74

 

Exit les déplacements au-delà de 10 kms pour tremper le fil, boulot plein pot et garde d’enfant. De quoi donner des vertiges au plus optimiste des optimistes. La première option étant de se plaindre, occulter à nouveau ce si prolifique mois d’avril et se projeter sur des jours meilleurs. La seconde, et ce fut la mienne, était de le prendre comme un challenge. Les règles du jeu étaient simples finalement : 10 kms et 6h /19h.

 

Dès le soir même, nos chères applis étaient déjà dimensionnées pour estimer en toute simplicité le périmètre de notre « semi-liberté ». Première bonne chose, « l’eau ne manque pas ». Pas question de faire le difficile, ou de rentrer dans des considérations futiles, vu les circonstances. Privé/public, rivière/étang, « flaque d’eau » / grandes étendues, peu importe :

 

« L’essentiel est ailleurs! »

 

Une magnifique partie de rivière sauvage, une autre canalisée, des gravières de toutes tailles, et un petit canal. Un grand écart halieutique, mais un choix pléthorique.

 

PARLONS STRATÉGIE

 

Du simple, du fonctionnel, de l’interchangeable. Pas question de passer un temps fou à faire des montages, préparer des mixtures et promener un tas de matériels.

 

Une pêche de compromis : canne 12 pieds 3.5lbs, corps de ligne 35/100, 1 m de leadcore et clip plombs pour chaque canne. Du grand classique, sans doute un peu léger pour certains des terrains de jeu choisis, et peut être surdimensionnés pour certains autres. Une trousse à plombs avec 3 grammages : 70, 110, 170. De quoi faire face à un petit étang envasé, en passant par des déposes bateau à moyenne distance pour finir à la tenue d’un courant soutenu. Deux boîtes à bas de ligne, l’une pour le subtile, l’autre pour le « sauvage ». Les bases sont posées. Reste les accessoires d’amorçages en fonction des situations : canne à spomb, bateau amorceur, pneumatique… ou simple pelle.

 

Place à l’organisation

 

Entre pêche rapide, pêche à la journée, pré-amorçage, amorçage et temps minimum utile à la préparation, il a été nécessaire de faire un planning, mais surtout de s’y tenir. Un jour par semaine, dédié à la cuisson des graines, un temps minimum en fin de journée pour réparer, remettre en ordre et recharger. Relativement contraignante et bien remplie, cette organisation a été selon moi une des clés du succès.

 

AU CAS PAR CAS…

 

Mon premier spot retenu est le plus proche, mais également le plus complexe. Un magnifique bief sauvage qui sillonne non loin de la maison. Sa proximité m’a permis d’entretenir des spots durant toute la période, à raison d’un amorçage tous les deux jours. Contraint d’écourter certaines sessions en d’autres lieux pour tenir la cadence des pré-amorçages, ce fut le spot le plus exigeant.

 

Pour s’assurer un minimum de touches et entretenir la motivation, je jette mon dévolu sur les quelques petites gravières poissonneuses qui jonchent la rivière. Ces petites étendues, vestiges de l’exploitation intensive du sous-sol local, ont des cheptels pour la plupart conséquents. Peu de monstres en ces lieux, mais pas de préparation et de bonnes chances de mouiller le tapis de réception. La problématique était cette fois la convergence des périmètres de 10 kms de pas mal de pratiquants.

 

En dernier choix, des parties canalisées. Assez compliquées en début de saison, ces eaux recèlent de véritables trésors qui seraient l’apogée du trip.
Les jours de ce mois de confinement ont défilé à une vitesse inimaginable. La routine instaurée et le quasi permanent « eat, fish, sleep, repeat » m’aura apporté un des plus beaux mois d’avril de ma vie de pêcheur.

 

 

« LA » touche qui vient récompenser les efforts sur les eaux publiques, « LE » plantureux poisson des eaux privées dont les berges ont été désertées pour l’occasion, « LES » départs en chaine de carpeaux dans les petites pièces d’eau; tout se sera enchainé à un rythme effréné. Le capot, l’opulence, la profusion, j’aurai tout vu défilé en quelques semaines.

 

La valse permanente entre camion et garage aura lieu chaque soir, pour le plus grand amusement de mes voisins. Décharger le pneumatique, charger le trolley, enlever les seaux d’amorces vides, charger les mélanges frais, mettre les batteries du bateau en charge, débrancher du chargeur celle du bait-boat… une vraie danse de salon a la chorégraphie peaufinée.

 

 

MORALITÉ,

 

Moyennant une grande envie et un matériel « passe-partout », et en pratiquant une pêche simple, il est vraiment possible de se faire plaisir. Cette chronique halieutique d’un court mois m’aura redonné un coup de fouet. Le public et ses températures fraîches de début de saison m’auront donné une belle leçon d’humilité. Les poissons aux formes généreuses en privé m’auront rappelé que l’on pêche pour soi finalement, et qu’il ne faut pas bouder son plaisir de faire une belle prise où que ce soit. L’abondance des « pin’s » sur des « mares » m’aura rappelé qu’il est possible de passer des journées idylliques partout et quels que soient les poissons.

 

 

Je souhaite, et j’espère vraiment que ce récit rejoindra l’histoire, qu’il n’est pas prémonitoire des années à venir. Si hélas nous n’en étions pas à nos derniers confinements, relevez la tête, relevez le défi et n’oubliez jamais qu’un des moteurs de notre passion et de notre réussite reste la persévérance.

 

Damien Claude

 

Damien Claude