Le 11 mai arrive vite, il faut que j’aille à la pêche ! Le malin se réveille en moi, cela fait des semaines que j’ai éteint cette petite lumière qui éclaire mon quotidien, cette passion mise en sommeil depuis tant de temps va enfin pouvoir se réveiller dans quelques jours….

 

FEV 2021

 

Des fois, il faut ce qu’il faut !

 

CARPE MAGAZINE ARTICLE N°70

 

Le 11 mai arrive vite, il faut que j’aille à la pêche ! Le malin se réveille en moi, cela fait des semaines que j’ai éteint cette petite lumière qui éclaire mon quotidien, cette passion mise en sommeil depuis tant de temps va enfin pouvoir se réveiller dans quelques jours….

 

Je suis en convalescence, une grande session est donc inconcevable avec les recommandations du cardiologue, mais surtout en complète contradiction avec celles de ma femme :

 

« dans ton état ! la nuit ! au bord de l’eau ! et avec les bateaux, les moteurs et tout ton barda !!! Tu rêves mon coco !!!!! »

 

Bon la messe est dite, elle a raison, il va falloir faire des concessions, quel bordel !!!!!

 

Apres réflexion sur mon état physique je capitule car, avec l’âge vient la raison, on va plutôt commencer par une petite pêche de journée.

 

Mais, par où commencer, rivière, lac, canal, gravière ou privée ?

 

Il va falloir choisir la destination car, les appâts vont aller de paire.

Le lendemain matin, équipé de mon attestation et de mon chien… direction le bord de la Loire.

 

 j‘ai une heure et 1 km devant moi.

 

Le fleuve est à 800 mètres de la maison et à cet endroit le canal jouxte la Loire on va donc pouvoir faire d’une pierre deux coups.

 

La laisse, le chien, le masque, le petit sac à dos et deux kilos de calots en 24, on ne sait jamais. Malheureusement le débit du fleuve est très haut et ne nous permettra pas d’accéder aux spots désirés. En passant par le canal sa couleur café au lait ne m’inspire pas non plus.

 

Ça va finir sur une petite flaque de quelques hectares, à réfléchir !

 

Après plusieurs jours de réflexion et de diverses discussions avec certains copains, qui eux ont continué à pêcher pendant le confinement. Finalement, mon dévolu se jette sur une ballastière communale d’un peu plus de 15 hectares que je connais bien.

 

Cette étendue d’eau est ouverte habituellement à la PDN de mars à fin décembre, mais actuellement fermée à la pêche, d’ailleurs le chemin d’accès aux postes est obstrué par des grosses roches.

 

Le bémol c’est que dès que le starter va donner le départ, ça va rapidement devenir biwyland là-bas. C’est sûr, beaucoup de pêcheurs doivent se préparer. On attendra donc quelques jours, soyons sage et patient.

 

Bon, la destination est choisie, même si les pêches de journée n’ont pas la saveur d’une session de plusieurs jours,  faudra faire avec ! j’irai pêcher pour essayer de voir une écaille au moins !

 

Ce challenge me motive, je vais rouler des billes mais contrairement à mes habitudes de pêches sur plusieurs jours, ou sur des amorçages réguliers… là il va falloir s’appliquer à concevoir quelque chose de rapide, en appétence car, je ne pourrais pas venir avoiner les jours précédents ma pêche.

 

On replonge dans le livre des recettes, la nostalgie me gagne j’arrive au registre des billes HNV. Je m’amuse de lire ces ratures, dont certaines m’interpellent par leur originalité. Je crayonne quelques lignes sur un post-it et on part à l’atelier.

 

Deux pétrins plus tard, l’extrudeuse a craché une bonne quinzaine de kilos de bonbons jaunes de 15mm qui m’inspirent. Ça pue la pêche tout ça !!!

 

 

Le 11 mai est passé, la ballastière est ouverte à la pêche mais en mode dégradé. Pêche de journée exclusivement et les roches sont encore au milieu du chemin donc pas d’accès aux voitures.

 

Suivant mes informations ce nouveau règlement transitoire a démotivé les carpistes qui ont déserté l’endroit et seuls quelques pêcheurs tentent de piéger les truites qui ont été déversées début mars pour une ouverture qui n’aura pas eu lieu suite au confinement du 17 mars.

 

Cette nouvelle me rassure et me motive, je connais bien le cheptel de ce beau plan d’eau et il mérite un effort. Le jour « J” est arrivé Il est 4h je charge la voiture, 3 cannes 10 pieds, une épuisette, un craddle, un level, un vieux pébroc….

 

Faut que je prenne la brouette y’a pas à tortiller surtout que je compte aller me poser sur le poste le plus éloigné des véhicules, proche de la réserve.

 

4h40 les phares de la Mégane croise un panneau en arrivant sur place indiquant pêche autorisée de 7h à 18h ? WTF !!!!

 

Le moral en berne, il est 5h 10 quand j’arrive sur le poste, 7 heures, 7 heures, mes c……. ! Je ne vais pas attendre 2 heures avant de tendre les cannes, un petit thé, une clope et j’y go !!

 

Il fait nuit, le bleuet chauffe une eau attendue quand un saut me fait me retourner, c’était dans la réserve et ça n’avait pas l’air moche !

 

J‘ai pas fini mon thé que les sauts s’enchaînent dans la réserve, je suis rassuré mais stressé, elles sont dans la réserve, elles sont actives et moi je n’ai pas beaucoup  de  temps pour essayer de les en faire sortir ! Je n’ai pas pris grand-chose pour cette journée, je dois avoir 3 kilos de billes, du stick mix et des pop-up.

 

 

Mon ami Matt doit passer dans la journée, il doit venir chercher 6 ou 7 kilos de billes de la nouvelle mouture que je lui ai préparé pour essayer. Elles sont dans le coffre de la voiture et une idée me hante, 5h30 je repars à la voiture.

 

Les 800 mètres qui me séparent de la voiture me confortent dans mon idée, le temps me manque, il faut que je compense. Il ne fait pas encore jour à mon retour sur le poste, je suis déjà fatigué, seule la chienne est ravie de ces promenades nocturnes.

 

Allez 5 kilos de billes dans le seau, la fronde autour du coup et le cobra en main, me voilà en train d’étaler les billes sur les deux ou trois cents mètres qui séparent le poste des pirouettes de ces belles. Il fait jour quand j’ai fini, je suis lessivé mais les 3 cannes sont en place, enfin….

 

Ai-je fait une connerie ? Depuis mon délire d’étaler 5 ou 6 kilos de billes sur 2 hectares les sauts se sont estompés ou éloignés !

 

Le soleil monte, il va faire très beau ! C’est déjà ça car 9h a sonné, les cannes sont posées depuis plus de deux heures et pas un bip, même pas une tanche qui sont habituellement légion ici, voir même casse b….. à certains moments.

 

9h30 un bip !

 

L’écureuil descend légèrement, remonte, redescend doucement, p….. de tanche !!! Le juron a peine lâché, le détecteur s’emballe, contact… ce n’est pas une tanche… top je ne savais plus à quoi ressemble une carpe ! Apres deux ou trois runs devant le triangle j’arrive enfin à faire rentrer cette fusée dans le filet !

 

Ce n’est pas une carpe, soit ! mais cela fait plaisir de voir un amour dans le craddleOn ne lambine pas, je n’aime pas trop les réactions de ces poissons si fragiles !!! Pas besoin de l’oxygéner il repart direct, super. Je prépare un nouveau montage quand la deuxième canne s’égosille, pas un bip, départ violent sans sommation.

 

Combat bizarre, j’ai perdu mon plomb, le poisson est en surface au large… je le vois… encore un amour !

 

Sympathique poisson, j’étais venu faire « une » carpe et me voilà avec deux poutres, je suis ravi mais un peu frustré, effectivement je vais sentir le mucus mais celui-là sent fort ! Les cannes sont retendues, le cobra a saupoudré une cinquantaine de billes et la première canne repart, contact ? Yes fish s’est pendu et une petite miroir dans le filet, je suis aux anges ….

 

11h passé, Mathieu arrive pour passer un petit moment ensemble, je suis en train de lui préparer un café quand la centrale me ramène au pied des cannes.

 

Les petites 10 pieds travaillent bien et une petite miroir vient nous rejoindre pour un cliché.

 

 

Nous ne sommes vraiment pas des acharnés des photos ni du peson d’ailleurs, mais aujourd’hui est superbe et magique, je veux un souvenir.

 

Il doit être midi, je suis en train de me rouler une clope, rebelote c’est reparti, je crie à Matt « ferre je suis occupé » quand ça déroule on peut jouer les « blasés »

 

Mathieu prend contact et s’écrie « c’est quoi ces cannes de playmobil !» 

 

La 10 pieds est pliée en deux et ça continue à prendre du fil !!!

 

« Merde, décroché ! » « ça devait être un beau fish, il m’a mis la misère ! »

Le cobra reprend du service et le bras devient douloureux depuis ce matin.

Une petite croûte s’impose, il commence à faire faim, le sandwich est vite englouti et je suis en train d’expliquer à Matt qu’il ne repartira pas avec ces billes qu’un Fox m’appelle au secours.

 

Après un combat dantesque, une petite commune toute dorée, magnifique viendra rejoindre le tapis !!!

 

 

Je suis fan !!!! Ce plan d’eau qui habituellement ne distille des départs en journée que très rarement me comble littéralement.

 

C’est incroyable après tout ce temps passé a ressasser, a préparé, a rêvé de cette journée de reprise je ne pouvais pas être plus heureux.

 

En déconnant je dis à mon compère « après le gros poisson que tu n’as pas réussi à gérer il ne manquerai plus qu’on fasse une koï !!! »

 

Forcément j’ai droit à un « oh le co….rd !!!! » et nous voilà explosés de rire .

 

Nous voilà à refaire le monde, à raconter des conneries comme d’habitude, j’ai sous-traité le cobratage à Mathieu, j’ai plus de bras, plus d’épaule…

 

Je lui dis, « si ça redémarre, tu prends la canne » la réponse est sans équivoque « que dalle ! Je touche plus à tes jouets pour enfants »

 

Un nouveau départ nous surprend, il ne veut rien savoir, je prends donc la canne et quand la carpe est au filet c’est l’apothéose, une belle petite tarte aux pommes !

 

 

Je suis refait, il est près de 15h je suis éreinté, presque 10 kilos de billes à l’eau en 8 heures.

 

Une très belle pêche au vu de l’endroit en pleine journée, je commence à dire à Mathieu que je suis fatigué, que la convalescence est difficile et que je pense plier dans pas longtemps. La journée a été exceptionnelle de sensations et d’émotions.

 

Il me conforte dans mon choix et me dit qu’il va me donner un coup de main pour le retour quand la seule canne qui n’avait pas chanté s’emballe.

 

Je prends contact, la mémère me malmène comme la petite coco de tout à l’heure mais avec une puissance décuplée, la petite 3 livres à bien du mal, le blank travaille jusqu’au talon mais après un certain temps qui m’a semblé interminable, la maman se présente, monte en surface devant nous et boum !!!

 

Matt me dit, c’est la big !!!!

 

 

Ce mot me glace le sang enfin ce qu’il en reste, j’ai les jambes qui tremblent de fatigue ou d’excitation je ne sais plus, cette commune qui ne va pas tarder à franchir un poids mythique est la devant nous et mon « curve » doit crier de douleur !!!

 

Elle vient, repart, sonde en bordure, je fais de l’huile ! Le cœur ne va pas tenir !!!

 

Mais j’ai un binôme qui a un sacré coup d’épuisette malgré qu’il ne veuille pas salir ces baskets neuves ! Elle est rentrée dans le filet…….je tombe assis à terre, je reprends des forces avant une séance photo ou j’ai du mal à porter le poisson !

 

Nous vivons notre passion pour des moments forts mais quand on se sent diminué ou handicapé par la maladie les émotions sont décuplées, j’ai pleuré de joie de bonheur et aussi pour conjurer le sort.

 

Cette journée si ordinaire soit-elle restera gravée et ancrée profondément tellement elle m’aura aidé pour la suite.

 

En conclusion, il faut écouter sa femme et ne pas douter de soi, même dans la difficulté.

 

Éric dit « Rico »