Le « sens de l’eau », ce n’est pas inné. Et ce n’est pas de la chance. C’est le résultat de beaucoup de patience.

 

 

L’objectif final est de pouvoir analyser une situation pour adapter son approche et mettre toutes les chances de son côté.

 

 

 Lorsque j’ai commencé à pêcher la carpe en batterie au début des années 1990, j’ai rapidement compris que pour augmenter le nombre de touches, avant l’appât, c’est bien l’approche et la dépose des lignes qui comptait le plus.

 

Beaucoup de carpistes focalisent leur réflexion sur le type de bouillettes, ou de graines qu’ils vont utiliser. Pour moi, cela reste secondaire et la question du type d’appât interviendra bien plus tard dans ma réflexion…

 

Je pêche 90% du temps en rivière et sur des barrages, c’est donc de ce milieu dont je parlerais dans les lignes qui vont suivre. Mais les techniques d’approche sont les mêmes en eaux closes et peuvent totalement s’adapter.

 

© Alex Renault

 

« Avant tout, pour mettre en place une stratégie de pêche,

ce sont nos sens qu’il faut mobiliser. »

 

Observation, observation, observation …

© Alex Renault

 

UN BON ÉQUIPEMENT

 

Avec jumelles si nécessaire, une bonne paire de chaussures étanches, un pantalon épais pour passer dans les ronces ou les orties… et un bâton (pour mes amis les serpents…) Direction le bord de l’eau. Je repère les accès, les distances de marche… avant de m’intéresser en premier lieu aux bordures et à l’état de l’eau et du courant. Pour les bordures, je vais d’abord chercher les lieux encombrés, qui peuvent servir d’abri à nos amis les carpes, l’ombre pour la fraîcheur, les bois morts, souvent zone de confort… Une bonne paire de lunettes polarisantes sera très utile pour observer sous les premiers centimètres de la surface et repérer, si ce n’est la présence de poissons, les obstacles et parfois le fond.

Au passage, je repère les endroits favorables pour une pêche à plusieurs cannes ou ceux qui seront dédiés au stalking, à une seule canne, en pêche nomade.

Lors de cette première sortie, je vais également observer le courant, les zones plus calmes, les herbiers et tout signe d’activité: sauts, fouilles…

 

La main à la pâte

 

Dernière étape, il ne faut pas hésiter à mettre les mains dans l’eau, toucher le fond sur une bordure, pour voir de quoi il est constitué. Si cela ne présage pas de la totalité du substrat, cela donnera de bonnes indications. Il est important de voir si le fond est mou, dur, caillouteux, sableux, vaseux, en différents endroits. Je regarde aussi si je détecte la présence de nourriture naturelle (glands, moules, corbicules, écrevisses…), ainsi que d’herbiers.

 

Chercher les périodes d’activité

 

Ce premier repérage j’aime le faire tôt le matin ou tard le soir, car c’est en général des périodes d’activité pour la carpe, surtout lorsqu’il fait chaud la journée. À l’exception des bordures qu’il est parfois plus intéressant d’observer lorsque le soleil tape.

Il est important de scruter les moindres mouvements à différents moments de la journée pour identifier les postes de tenue, ceux où le poisson s’alimente ou s’il ne fait que passer.

C’est en ne négligeant pas cette première étape que vous pourrez, peu à peu développer votre « sens de l’eau ».

Sens de circulation

Jai déjà observé, sur un même bief de rivières, des comportements très différents en quelques centaines de mètres. Par exemple, des zones de confort et d’alimentation où le poisson est très souvent présent mais où il est difficile à aller chercher à cause de l’encombrement en bois mort, et des zones de passages, avec même des « sens de circulation », une bordure le matin, celle d’en face le soir, avec des horaires, même ! Tôt le matin, le poisson passait « dans mes pieds » au lever du jour et je pouvais enchaîner les départs en une ou deux heures. Puis c’était le calme plat. Il fallait alors se déplacer et chercher la zone de confort pour continuer à avoir des touches. Enfin, en soirée, c’était sur la berge opposée que le poisson faisait le chemin inverse pour retrouver son secteur de la nuit.

 

© Alex Renault

 

« Ce n’est à pas à la carpe d’aller chercher mon montage, c’est à moi de réfléchir pour le déposer sur son passage »

 

Le toucher

 

© Alex Renault

 

Distance de sécurité

 

Grâce à cette étape, je détermine les endroits où potentiellement je vais poser mes lignes, je regarde les « distances de sécurité » avec les obstacles, mais aussi les distances de pêche depuis mon poste.

Viendra ensuite l’étape de l’amorçage, pour identifier si, au bout de quelques jours les signes de présence sont plus présents, notamment là où l’amorçage est disposé, mais cette partie fera l’objet d’un prochain article.

Ne pas négliger son temps

 

 En mettant en oeuvre ses quelques principes, mais aussi et surtout en passant beaucoup de temps au bord de l’eau, j’ai acquis ce que je considère comme une infime partie du « sens de l’eau ». C’est d’ailleurs ce que je trouve passionnant dans la pêche de la carpe : savoir se renouveler, se remettre en question et en apprendre tous les jours, à chaque sortie, à chaque prise mais aussi à chaque « capot ». Car, avec l’expérience, j’ai aussi appris que chaque lieu, chaque saison, chaque condition météo entrainent automatiquement des différences de comportements. A nous de les anticiper pour mettre toutes les chances de notre côté.

 

© Alex Renault

 

Alex Renault