Il y a quelques années, j’ai eu la chance de retourner en pèlerinage sur un lac du nom de Bin el Ouidane avec quelques amis du Team A.S . C’est une étendue d’eau magnifique située à 800 mètres d’altitude dans les montagnes du Moyen Atlas au Maroc.

 

Il s’agit d’un lac de barrage dont les origines remontent à plusieurs décennies et dont le but de sa réalisation était l’enrichissement des terres pour développer principalement la culture des oliviers.

 

 Cette expédition s’est effectuée en mai 2011, et lors de sa préparation, les conditions climatiques n’étaient vraiment pas notre principale préoccupation tant nous étions sûr d’être accompagné d’un soleil magnifique tout au long de cette session. Grave erreur ! Dès notre arrivée la pluie battait son plein et les conditions météo prévoyaient un temps pluvieux et venteux pour plusieurs jours …

Intéressant pour la pêche me direz- vous, mais surtout quand on a tout le matériel adéquat !

 Malheureusement pour nous, c’est avec le strict minimum et une paire de bottes achetée à l’arrache sur place que la session a pu débuter.

 

LE CAMPEMENT

 

Nous sommes arrivés un vendredi et après une bonne nuit de sommeil réparatrice, le début de l’aventure a pu commencer avec tout d’abord le tirage au sort des postes le samedi matin.
Pour SébastienMike et moi-même ( Rod ) le sort avait fixé une destination des plus lugubres, la baie de Dracula …

 

 

POURQUOI CE NOM ?

 

 

 Lorsque nous sommes arrivés sur ce poste, le guide local nous a expliqué le pourquoi de ce surnom. L’ensemble de la zone correspondait à un ancien cimetière datant de plusieurs centaines d’années. Sous un ciel bien sombre et pluvieux le souffle du diable nous accueillait dans une atmosphère pleine de respect et d’émotion. Toutes ces pierres qui nous entouraient et qui au premier abord n’étaient rien d’autre que des blocs de caillasse abritant crapauds et lézards, étaient en fait des tombes dont la disposition prenait subitement un vrai sens à nos yeux, celui d’un cimetière ancestral.

 

Blocs de caillasse abritant crapauds et lézards…

 

Durant toute cette semaine de pêche, les conditions ont été très difficiles avec un temps exécrable la première moitié de la session, puis de fortes chaleurs sur la fin. Ceci dit ayant le vent de face, les berges de ce grand lac faites de terre argileuse se sont rapidement teintées d’un rouge ocre, ce qui nous est paru d’emblé très favorable et encourageant pour la pêche. La similitude avec les couleurs du Salagou encore surnommé le lac du diable était très parlante, notre petite perle française a donc un grand frère diabolique en Afrique !

 

UN PAYSAGE A COUPER LE SOUFFLE

 

Très rapidement nous nous sommes lancés dans l’étude précise de notre zone de pêche afin de trouver de bons spots. À l’échosondeur, les profondeurs oscillaient entre deux et vingt-cinq mètres, couvertes çà et là de gros blocs de pierre. Après plusieurs heures de recherche, j’ai fini par trouver les vestiges d’une ancienne route à vingt deux-mètres et quelques hauts-fonds très intéressants à dix mètres de profondeur. Le fond de ce lac est principalement constitué de grosses roches et de terre argileuse parfois recouverte d’herbiers en faible profondeur. Il est donc essentiel d’utiliser de forte tête de ligne pour faire face aux risques permanents d’abrasion. Niveau appât, étant très limités par le voyage en avion, nous avons utilisé du maïs fourni sur place, du maïs plastic, et des pop-up (ananas, jaune pétant).

PROSPECTION

 

Le premier départ est arrivé le samedi matin avec à la clef une jolie commune de quinze kilos qui m’a donné beaucoup de fil à retordre, il faut l’avouer ! C’était la deuxième session que je réalisais sur ce superbe lac et le plaisir était toujours aussi immense, dans un cadre idyllique.

 

ROD

 

J’étais comme un gamin, heureux et tout souriant d’être juste là avec mes potes dans une nature si bien conservée.

Mon seul regret était que le fiston ne puisse pas partager ces instants magiques avec nous, mais école oblige !

Il n’avait malheureusement pas pu nous accompagner …

 

MIKE

Durant les jours suivants, après la capture de plusieurs poissons dont les poids oscillaient entre quatre et quatorze kilos, la Big surprise est arrivée le mardi après-midi sous un temps de chien.
Alors que nous étions, tant bien que mal, calfeutrés dans nos biwis, un des Delkim de mon ami Mike s’est réveillé soudainement…

 

SEBASTIEN

 

 

Nous avons pour habitude de partager les départs, et là c’était mon tour. Après deux malheureux petits bips et un ferrage bien ferme, le combat a pu débuter, et quel combat ! Après quinze minutes d’un sondage puissant à longue distance, le fish à réussi a se tanquer, la ligne était bloquée et plus rien ne bougeait. En relâchant la ligne, j’ai senti peu à peu que la carpe reprenait mouvement et comme par miracle, elle s’est délogée de l’obstacle. Vu le temps exécrable, l’utilisation du zodiac était trop dangereuse et c’est après vingt interminables minutes que j’ai enfin pu déposer une superbe commune sur le tapis de réception. La suite du séjour a vu décliner rapidement le nombre des runs et le soleil est devenu de plus en plus pesant.

 

UNE PÉPITE DU SHEITAN

 

 Durant cette session d’une semaine, tout comme les précédentes, nous n’avons pas enregistré de départs durant les nuits. Ces phases d’obscurité au beau milieu de l’Atlas n’étaient bercées que par des mélodies de grenouilles dès que le soleil se couchait derrière les montagnes. Durant la journée tous ces batraciens trouvaient refuge dans l’atmosphère bien fraîche présente sous les tombes qui nous entouraient.

 

Les mélodies de grenouilles dès que le soleil se couchait derrière les montagnes…

 

Lorsque le guide est venu nous rechercher en fin de session, il nous a confirmé l’importante montée des eaux du lac durant cette semaine, pas moins de deux mètres ! Cette annonce ne nous a pas du tout surpris en réalité, en effet, notre partie de pêche qui avait débuté sur une presqu’île s’est tout simplement terminée sur une île ! Cela nous a permis de comprendre pourquoi la pêche avait été si difficile, une telle variation influence fatalement le comportement des carpes. Au final une dizaine de fish dont une 20 +, ça n’est pas si mal au vu des conditions météo digne de l’enfer … J’ai d’ailleurs dû compléter mon traitement débuté durant la session par de la morphine, tant la sciatique qui m’a suriné sur place, s’était aggravée durant mon retour. C’est dans ces moments-là qu’il faut être entouré des meilleurs amis et c’était bien mon cas !

CONDITIONS EXTRÊMES SUR LE SHEITAN

 

À tous les amoureux de nature avec un grand A, des pêches de lac en conditions extrêmes, je n’ai qu’un seul conseil à leur donner, laissez-vous tenter par le Sheitan de Bin el Ouidane … Il saura vous accueillir puis vous envoûter. La beauté du Maroc ne pourra que vous émerveiller à Jamais et le peuple berbère vous toucher au cœur… Inch Allah !

 

 

Rod Tancho