A travers cet article j’ai souhaité faire un tour d’horizon sur les différentes possibilités de réaliser un bas de ligne à l’aide du fluorocarbone seul ou combiné à d’autres matériaux comme la tresse.

 

JANV 2021

 

Les montages fluoro dans tous leurs états

 

CARPE MAGAZINE ARTICLE N°65

 

 

A travers cet article j’ai souhaité faire un tour d’horizon sur les différentes possibilités de réaliser un bas de ligne à l’aide du fluorocarbone seul ou combiné à d’autres matériaux comme la tresse. Par ailleurs il m’est semblé intéressant de faire un rappel sur les différentes options qu’offre ce type de mono filament pour confectionner quelques pièges redoutables.

 

Une palette de très bons fluoro

 

Rappel sur les principales caractéristiques du fluorocarbone :

 

Développé depuis plus d’une bonne dizaine d’années maintenant ce mono filament présente un profil très différent de la tresse et du nylon. Le but de sa conception a été d’apporter sur le marché une combinaison d’atouts non proposés par les autres variétés de matériaux utilisés pour la création de nos lignes. La matière d’origine du fluorocarbone est le poly fluorure de vinylidène surnommé aussi PVDF au sein de l’industrie chimique. Sa fabrication, tout comme le nylon, repose sur un principe d’extrusion à chaud. Cependant il en est bien différent dans son apparence, son comportement et sa durée de vie. Voici ces principales caractéristiques qui méritent d’être retenues car très utiles pour la réalisation de montages et développer certaines approches techniques dans le cadre de la pêche à la carpe.

 

Son poids et sa raideur :

 

Tout d’abord, il faut retenir que la masse volumique du fluoro est de 1.80g, il est donc plus lourd que l’eau. A cela s’ajoute une certaine rigidité, on peu donc facilement conclure qu’il se plaque très bien sur un fond relativement plat. Lorsque le fish tourne sur la zone d’amorçage et qui plus est, autour de votre bas de ligne, c’est un atout de discrétion indéniable. Par ailleurs sa raideur est très appréciable lorsqu’il s’agit de réaliser des frappes appuyées pour atteindre de grande distance de pêche. En effet le risque d’emmêlement du montage est très nettement réduit comparativement à la tresse.

 

Sa résistance :

 

En matière de résistance, il faut savoir que le fluorocarbone n’absorbe pas l’eau, cette étanchéité lui permet ainsi d’être tout aussi costaud mouillé que sec. Sa fiabilité aux nœuds est également très bonne, mais il faudra, tout comme avec le nylon, prendre le temps d’humidifier ces derniers avec un peu de salive avant de les serrer. Pour finir, sa résistance face à l’abrasion a créé ces dernières années un réel engouement auprès des pêcheurs aux carnassiers, du brochet jusqu’au silure ; c’est vous dire le réel avantage apporté. Cet avantage très net par rapport au nylon ou à la tresse lui a permis d’être le matériau privilégié des carpistes pour la réalisation de bas de ligne voir de têtes de ligne lorsqu’il s’agit par exemple de pêcher des cassures constituées de pierres recouvertes de dressènes.

 

Son invisibilité :

 

Autre argument en matière de performance, c’est la transparence de ce fil qui lui a d’ailleurs valu le surnom de fil fantôme. Son indice de réfraction de la lumière est très proche de celui de l’eau (1,40 pour l’un et 1,33 pour l’autre). Une fois immergé, il déforme donc très peu le rayonnement lumineux. Utilisé dans une eau cristalline, il devient alors très difficile de pouvoir détecter sa présence, atout majeur dans la pêche de la carpe quand on sait que celles-ci savent être extrêmement méfiantes dans la sélection de nos appâts. D’ailleurs tous les montages décollés sont réalisés avec ce type de mono filament pour présenter une pop up en toute discrétion dans une eau relativement claire.

 

Sa sensibilité :

 

A moins de l’abandonner au beau milieu du désert de Gobi, le fluorocarbone n’est pas altéré lors d’une exposition prolongée au soleil car il est très peu sensible aux rayonnements UV. Cette caractéristique est très intéressante quant on connaît la grande fragilité à la longue de la plupart des nylons lors d’expositions prolongées au soleil. Je me souviens d’une pêche dans le sud de la France en plein été lors de laquelle un ami a vécu la désagréable aventure de devoir jeter ces trois bobines de tresse à bas de ligne laissées trop longtemps en plein cagnard et devenues très fragiles à la forte traction. Depuis j’ai toujours gardé une certaine appréhension sur la sensibilité de celle-ci vis-à-vis des UV.

 

Sa mémoire :

 

Ce fil n’en a aucune. Une fois vrillé, pour un peu qu’on le mette sous tension, il reprend facilement sa linéarité habituelle. D’ailleurs qui n’a pas en tète l’image du pêcheur anglais qui à la vapeur de sa théière retend son fluoro pour qu’il reste droit comme un i.

Par contre quelques points négatifs restent présents comme son prix, sa résistance linéaire légèrement inférieure à celle du nylon et sa tendance à vriller parfois trop facilement.

 

Les différents types de bas de ligne envisageables avec du fluorocarbone

 

Commençons par la description des bas de lignes simples réalisés avec ce type de fil en solo pour ensuite évoluer vers les bas de lignes articulés, combinant un morceau de fluoro avec son semblable ou de la tresse .

 

Les bas de ligne standards total fluoro:

 

D’une longueur pouvant varier de 10 à 60 cm voir beaucoup plus, ils se composent de fluorocarbone sur toute leur longueur avec à leur extrémité supérieure une boucle permettant la fixation à une attache rapide et à leur partie inférieure différentes configurations possibles pour la présentation de notre piège.

 

Soit un nœud sans nœud avec cheveu totalement réalisé en fluoro, mais de diamètre relativement fin (30 centième maxi) sinon la raideur de l’ensemble empêchera une bascule correcte de l’appât vers la base de l’hameçon. Cela risquera d’occasionner de mauvais piquages avec malheureusement une décroche assurée. De plus, le nœud permettant de réaliser la boucle du cheveu sera de trop gros diamètre et sera difficile à faire passer au travers de la bille sans l’altérer. Ce style de montage est à utiliser avec des appâts denses.

 

Montage fluoro simple.

 

Soit un nœud sans nœud réalisé en fluoro mais incluant en son sein un morceau de tresse faisant office de cheveu.

 

Bas de ligne fluoro et cheveu en tresse.

 

Il sera beaucoup plus souple dans ce cas de figure, permettant à l’esche de bouger et donc de développer plus d’attractivité. Montage à utiliser avec bille dense ou pop up mais présentée en mode bonhomme de neige hameçon posé à plat sur le fond.

 

Soit une réalisation surnommée D-Rig qui consiste à confectionner un nœud sans nœud dont l’extrémité du cheveu sert à réaliser une boucle positionnée le long de la hampe de l’hameçon. Pour cela il suffit de repasser le bout de ce cheveu dans l’œillet de l’hameçon et de le bloquer en le brûlant. L’avantage du fluoro est de se rétracter en boule quand on le fait chauffer, petit détail qui a pourtant toute son importance car bien utile et très solide, vous pourrez le constater. Ne pas oublier évidemment de passer ce fil dans un anneau métallique sur lequel pourra se fixer un bout de tresse ou encore un élastique servant de support pour fixer l’appât.

Pour permettre à l’hameçon de se dresser correctement grâce à l’effet pop up il faudra lui accorder une bonne marge de mouvement, j’entends par là, le fixer au bas de ligne par une boucle de fluoro verrouillée par le biais d’un nœud ou à l’aide d’un sleeve. Le but principal de ce montage est de présenter correctement une pop up décollée, mais certains pêcheurs l’utilisent en présentation posée sur le fond avec bille dense

 

Légèrement bruler l’extrémité du cheveu en fluorocarbonne

 

Montage D-Rig type

 

Soit une présentation en 360°. Dans ce cas de figure le fluoro vient se fixer sur un émerillon au travers duquel on fait passer l’hameçon lui-même bloqué par un stop float. Dans ce type de présentation le cheveu est fixé à l’hameçon par un anneau bloqué entre deux stop float positionnés sur la hampe. Ce montage est utilisé pour une présentation pop up décollant l’hameçon sur toute sa hauteur (il est nécessaire de choisir un long shank avec œillet courbé vers l’intérieur, type ashima , on le surnomme le montage « fakir ».

Le montage « Fakir »

 

Dernier montage similaire à la mode, basé sur le même principe de présentation, le «ronni rig »,

 

Le « Ronni rig »

 

J’en profite pour faire une parenthèse sur l’intérêt de pouvoir lier le fluorocarbone par un nœud mais également par un sleeve. Pourquoi s’embêter avec un morceau de métal en plus me direz vous ? Tout simplement parce qu’au-delà d’un certain diamètre la rigidité de ce mono filament empêche la réalisation correcte d’un nœud ; sans parler du rendu qui devient vite grossier. L’intérêt du sleeve est de pouvoir sertir proprement avec une pince adaptée ce type de fil lorsqu’il atteint un gros diamètre. Le résultat est très propre et permet de fixer l’hameçon par une boucle lui laissant alors une marge de mouvement très intéressante en termes d’attractivité et de mécanique lors du piquage

 

“La technique du sleevage.”

 

Les bas de ligne articulés :

 

Le but principal de ces montages est de plaquer au mieux les deux tiers de leur longueur et d’autre part d’assurer une grande mobilité du dernier tiers, celui qui reçoit l’esche.

 

Pourquoi cette grande mobilité est elle nécessaire ?

 

Dans un premier temps plus l’appât va bouger plus la carpe, très curieuse de nature va s’en intéresser. Si l’esche est une grappe d’asticots par exemple, il serait dommage de ne pas profiter de toute cette énergie développée par ces pauvres larves froidement empalées pour capter encore mieux l’intérêt d’un fish à l’affut de quelques friandises !

 

Dans un deuxième temps c’est toute la mécanique de fonctionnement de la piqure de l’hameçon dans la lèvre inférieure de la carpe qui va pouvoir être respectée et largement facilitée.

 

En effet, une petite minorité de carpes très éduquées saisissent la bille du bout des lèvres avant de l’engamer; mais la plupart aspirent brutalement l’appât puis le recrachent en cas de doute. C’est là que la bascule de l’hameçon doit être effectuée à la perfection. Je m’explique, lorsque la carpe aspire, c’est la bille qui entre en premier dans sa bouche puis suit l’hameçon et lorsqu’elle recrache le même phénomène se répète. La bouillette sort en premier en basculant en arrière vers l’œillet de l’hameçon et entraîne dernière elle ce dernier qui va décrire un mouvement de bascule vers le bas et l’extérieur de la bouche affamée. On peut alors facilement comprendre qu’un montage articulé va, par sa plus grande fluidité, mieux respecter ce mouvement et faciliter le piquage en lèvre inférieure. L’efficacité de ce piège est d’ailleurs parfois accentuée à son extrême par certains pêcheurs soucieux d’aboutir à une mécanique radicale. Ils ajoutent soit un petit plomb cerise pincé sur un bout de crin lui-même fixé juste au niveau du micro ardillon de l’hameçon ou bien un lest environ deux centimètre sur la tresse du bas de ligne au dessus de l’hameçon.

 

L’équilibrage de la mécanique poussée à son extrême.

 

Bille dense ou pop up, un lest améliore toujours la bascule du piège.

 

L’objectif étant systématiquement de faire tomber l’hameçon vers le bas, avec un mouvement de bascule, sa pointe venant pénétrer la partie interne de la lèvre inférieure du poisson.

 

La discrétion du fluoro a fait mouche face à la méfiance de cette koi.

 

Voyons maintenant les différentes réalisations possibles de bas de ligne articulés.

Pour bien faire, concentrons nous sur l’élément majeur de ce type de montage permettant cette fameuse articulation, j’ai nommé, le point d’articulation.

 

Il peut se réaliser sans élément intermédiaire en fixant directement le fluoro et la tresse ensemble. Pour cela rien de plus facile, il suffit de faire un nœud simple avec le fluorocarbone à son extrémité puis de bruler l’excédent de fil. Une boule va se créer et fusionner avec le nœud réalisé juste auparavant, ne reste plus qu’à ajouter une goutte de super glue dessus et le tour est joué. Vous aurez ainsi réalisé très rapidement une butée semblable à une rotule. Il sera facile de venir y fixer un morceau de tresse à l’aide d’un nœud Grinner comme sur la figure ci-dessous.

 

Articulation tresse nœud Grinner et rotule de fluoro.

 

“Avec ce montage, tous types de présentations, posées ou décollées, seront envisageables.”

 

Un deuxième type d’articulation peut se faire par l’intermédiaire d’un anneau métallique avec lequel deux morceaux de fluoro seront associés en réalisant une butée sur chacun d’entre eux comme expliqué dans le paragraphe précédent. L’intérêt de cette articulation réside dans le fait que les brins de mono filament peuvent aller et venir au travers de l’anneau, chacune des deux rotules venant buter sur celui-ci en fin de mouvement. Avec ce montage on associe alors la raideur du fluoro à la fluidité d’un bas de ligne en tresse comme vous pouvez le constater sur la figure ci dessous.

 

Articulation fluoro double rotule.

 

Cette présentation, conçue pour recevoir une bille dense, est à réserver aux poissons très méfiants qui aiment tester l’appât du bout des lèvres avant de l’aspirer. En effet ceux-ci auront plus de difficulté à le recracher qu’une simple tresse.

 

Le troisième type d’articulation possible est certainement le plus classique, j’entends par là l’utilisation d’un émerillon. Deux configurations sont envisageables, associer deux brins de fluoro ensemble fixés par nœud ou sleevés sur l’émerillon, ou bien un fluoro pour la partie supérieure et un bout de tresse pour le reste. Celui-ci va apporter à votre montage une grande fluidité à son extrémité, surtout incontournable pour toutes les présentations décollées (Fig9).

 

Articulation fluro/tresse par émerillon

 

Après avoir fait ce petit tour d’horizon sur les principaux types de cheveux ainsi que les différentes articulations qu’il vous est possible de réaliser en utilisant du fluorocarbone, ne vous reste plus qu’à laisser libre cours à votre imagination et associer les uns aux autres.

 

Mais n’oubliez surtout pas qu’il vous faudra toujours respecter deux priorités, la bonne mécanique du montage et le type d’eau et de fond sur lequel vous allez déposer votre piège.

 

Le fruit d’une mécanique bien huilée.

 

ROD TANCHO