Cela fait quatre ans maintenant que je repousse pour des raisons plus ou moins bonnes mon désir de pêcher la carpe en GrèceCette année mon épouse me prend des billets de bateau pour un départ de la ville d’Ancône en Italie.

 

Avr 2020

 

ODYSSÉE PÊCHE…, EN GRÈCE

 

Carpe Magazine Article N°53

 

Cela fait quatre ans maintenant que je repousse pour des raisons plus ou moins bonnes mon désir de pêcher la carpe en Grèce. Cette année mon épouse me prend des billets de bateau pour un départ de la ville d’Ancône en Italie. le 22 septembre jusqu’à Igoumenitsa en Grèce. Le retour est prévu le 04 octobre. Je ne peux plus repousser ce voyage.

 

Lacs et rivières de Grèce

 

 La Grèce possède 42 lacs dont seulement 18 sont artificiels. La plupart de ces lacs s’étendent sur plusieurs centaines d’hectares. Certains sont en altitude, 1340 m par exemple pour le lac Aoos. Près de Metsovo, dans une région rurale, perdu au milieu de nulle part, dans un cadre sauvage et naturel.

 

D’autres sont non loin de la mer, comme le lac Trichonida. ( lac naturel : 20 km de long pour 5 à 6 km de large). Leurs biotopes sont radicalement différents, et Ils ont le point commun d’y avoir des carpes.

 

Ayant déjà effectué un voyage dans cette Grèce centrale et visité les alentours du lac Plastira ( Artificiel, 750 m d’altitude) près de Karditsa. je ne savais pas encore si je le pêcherai ou non.

 

Il y a également quelques rivières, où je suis convaincu qu’il y a des carpes. Ce n’est pas une information dont je pouvais disposer avant de partir. Car, parmi les quelques contacts que j’avais avec certains pêcheurs grecs, aucun ne pouvait me renseigner de manière fiable ! Puisque les carpistes grecs ne pêchent absolument pas la rivière.

 

D’ailleurs, je ne demanderais aucune information sur les lacs ! Voulant partir en totale découverte et donc en totale aventure.

 

 Il peut paraître présomptueux, voire prétentieux ou fou de vouloir faire seul un voyage consacré à la pêche. Surtout, dans un pays étranger ! Mais Il est nécessaire d’avoir conscience qu’il faut un minimum d’organisation pour ne pas aller droit dans le mur.
Je ne partais vraiment pas avec l’espoir de faire de gros poissons. Puisque là, je savais qu’il ne s’en faisait pas beaucoup et que pour les Grecs une carpe de +10 kg est déjà un gros poisson.

 

A mon humble avis…

 

<< Il y a certainement des motivations qui poussent l’un ou l’autre des pêcheurs que nous sommes vers autre chose que de vouloir à tout prix faire des poissons records >>

 

D’autres objectifs :

 

J’avais en tête de pêcher également deux rivières sur lesquelles j’envisageais la possibilité de prendre au moins une carpe. Même petite ! Une que certains n’hésiteraient pas à qualifier de « Vierge de toute piqûre » ! Chose que je n’oserai dire car, même là bien que pas pêché par des carpistes. Il pourrait y avoir un simple pêcheur au coup qui n’aurait pas attendu le premier carpiste venu pour attraper une.

 

 Ce terme « Vierge de toute piqûre » ne me semble pas sain, pas naturel ! comme si le pêcheur qui l’emploie devait absolument être le premier dans la vie d’une carpe ?

 

Essayer de bien se préparer pour la Grèce

 

 Je n’avais donc comme préparation que l’aspect totale autonomie. Que ce soit pour ce qui concerne la nourriture, mais aussi l’hygiène et l’électricité.

 

Pour ce qui concerne la nourriture , outre le fait que je pourrai faire des courses dans les magasins du pays. ( il convient de faire marcher l’économie locale). j’avais tout de même quelques paquets de pâtes et de riz et surtout trois terrines-maison, puisqu’un ami grec, presque un frère, devait venir passer deux ou trois jours avec moi.

 

Pour ce qui est de l’autonomie sur le plan de l’énergie électrique. J’avais fait l’acquisition d’un petit panneau solaire de la marque Floueron. Le soleil ne manquerait pas en Grèce de m’apporter suffisamment d’énergie pour recharger portable et appareil photo, et ceci même fin septembre.

 

 Pour ce qui est de l’hygiène. Là contrairement à certains pêcheurs qui partent 8/10 jours sans se laver.

 

<<si, si, j’en connais ! >>

 

Il me fallait un moyen pour pouvoir me laver autant que nécessaire. Les petites tentes 3 secondes prévues à cet effet sont parfaites pour cela. Elles sont parfaites également comme coin (popo). Lorsque l’on est dans un endroit peu abrité aux regards des autres… je ne parle pas du regard des marmottes et des lapins, qui eux, ne seraient pas outrés à la vue d’un pêcheur satisfaisant un besoin naturel, quoique…)

 

 Voilà hormis le matériel de pêche conventionnel, les bouillettes mises sous vide et un sac de 20 kg d’amorce. Rien de superflu ! Pas de bateau, ni bateau-amorceur, ce qui pourrait paraître un handicap aux yeux des habitués des grands lacs, mais ce n’est pas encore mon cas !!!

 

Point de réglementation en Grèce

 

 Pour ce qui concerne la pêche en lacs ou en rivière, pas de réglementation en Grèce. Pas plus d’APPMA ou d’association de ce genre. D’ailleurs, je dois dire que cela manque cruellement. Si les nôtres ne sont pas parfaites, elles ont au moins le mérite d’exister, et malgré tout d’être si ce n’est totalement utile, au moins nécessaires.

 

Départ pour la Grèce 

 

Je pars donc le Vendredi matin vars 10 heures. Je ne ferai pas les 1287 km de notre « chez-nous » à Ancône d’une seule traite, je dormirai une nuit à Menton, puis repartirai le lendemain à 7 h pour arriver à Ancône vers 15 h, afin d’effectuer l’enregistrement auprès de la compagnie de ferry.

 

Le départ en ferry est prévu lui à 17h pour arriver le lendemain matin vers 10 h en Grèce à Igoumenitsa.

 

En partant à deux il est possible de réduire le temps de trajet au strict nécessaire en se relayant au volant du véhicule et ainsi gagner une journée.

 

Prise de contact en Grèce

 

 J’arrive donc le Dimanche vers 10h en Grèce et la première rivière à explorer se trouve à 20 minutes de la ville d’arrivée.

 

J’y observe quelques poissons blancs ressemblant à des chevesnes, mais pas de carpe ni de saut, rien, mais cela ne veut rien dire , il faut pêcher pour savoir ou tenter de savoir s’il y a des carpes.

 

 Il y a un poste praticable en amont d’une chaussée face à une roselière.
L’amorçage est fait de façon simple, un peu d’amorce à base de farine avec du maïs doux et quelques bouillettes. Cette rivière est relativement profonde d’environ 6/7 m sur toute sa largeur, l’eau est claire et plutôt fraîche, à peine 18 degrés, alors que la fin de saison n’est pas encore arrivée.

 

Certains de mes amis grecs sont peu confiants pour cette région, mais c’est surtout au niveau sécurité car, je ne suis pas loin de l’Albanie et d’après ces amis certains Albanais viennent y commettre des larcins.

 

 Préférant ne pas prendre de risque, je place deux piquets avec des supports cannes sur lesquels un nylon en 40/100 ème passe . Le nylon vient jusqu’à un détecteur placé devant mon abri. Au bout de ce nylon qui passe dans le détecteur, il y a un plomb de 120 gr qui est posé à 1.5 m du piquet, ce qui donne un angle important au nylon et permet si quelqu’un le touche de faire glisser ce plomb facilement, et ainsi faire sonner le détecteur. Une alarme qui me donnerait un peu de temps pour me lever si quelqu’un approche durant la nuit.

 

La pêche quant à elle ne donne rien…

 

et mes deux cannes resteront silencieuses, seuls quelques-uns de ces chevesnes se feront prendre, des petits poissons de 10/12 cm de long.
Même en variant les appâts avec quelques grains de maïs doux sur l’une et un cube avec pâte d’enrobage sur l’autre ne donneront …

 

<< RIEN ! >>

 

Après deux nuits passées sur cette rivière sans succès, et ayant vu qu’il n’y a pas de nourriture visible en bordure, je me dis que s’il y avait quelques carpes, j’en aurais bien touché une, mais probablement que s’il n’y en avait ne serait-ce qu’une, je n’ai pas réussi à la faire mordre. Échec sur ce coup ! Ce n’est pas grave, cela fait partie de la découverte. Le secteur est tout de même très joli mais cela ne fait pas tout.

 

 

Changement de décor

 

Après avoir rangé le matériel non sans avoir pris une douche, et croyez-moi cela fait partie du confort de pêche tout autant qu’un bon sommeil, je prends la direction du Nord pour le lac Kastoria Orestiada. Un premier lac à découvrir.

 

 Ce dernier fait 28 KM² avec une presqu’île. À mon arrivée, après 220 km de routes lorsque j’aperçois ce lac, je suis un peu sur la réserve. Ce lac est situé près d’une ville, et est presque entièrement bordé de maisons, d’hôtels et de villas, pour le côté naturel ça me laisse sur ma faim.

 

Je trouve tout de même un endroit à peu près préservé pour me poser, là où des carpistes locaux rencontrés durant le tour découverte du lac m’encouragent à le faire.

 

Après y avoir passé la première nuit, je décide de repartir sur le lac Trichonida plus au Sud, qui lui, à l’avantage d’être proche d’une rivière sur laquelle j’ai envie de pêcher. C’est une rivière qui alimente un lac sur lequel il y a des carpes, et qui suit son cours jusqu’à la mer. Il me paraît improbable qu’il n’y ait pas de carpe sur cette rivière.

 

Problème mécanique

 

 Sur le chemin qui doit m’amener plus au Sud, je repasse par Igoumenitsa là où j’ai pêché la rivière Thiamis, et ma voiture est prise de vibrations inquiétantes, ce qui me force à aller consulter un garagiste. Le verdict est simple, le cardan complet est à changer, et la pièce n’arrivera que le surlendemain, me voilà bloqué deux jours… je vais donc retourner sur cette rivière, mais sur un autre endroit.

 

Là encore, le fond est d’environ 6/7 m à 3 m du bord, mes lignes sont placées juste devant un amorti avec un haut fond et un arbre immergé. S’il y a des carpes, j’ai espoir d’en faire remonter une sur mon amorçage. Hélas rien, hormis ces petits blancs ressemblant à des chevesnes.

 

Le surlendemain ma voiture sera réparée vers 16 h…

 

 

Changement d’herbage

 

 Plus question de descendre sur le Trichonida aujourd’hui, j’arriverai trop tard à la nuit. Direction vers le lac Aoos, près de Metsovo : un village touristique avec sa place centrale où trônent deux ours en bois.

 

 

 Llac Aoos est un lac artificiel créé en 1987, sa superficie est de 660 hectares, à 1340 m d’altitude. C’est un lac éloigné de tout en pleine nature, un endroit « sauvage ».

 

Attention : Ours

 

 

Durant le trajet je vois bien sur cette autoroute des panneaux indicateurs disant aux automobilistes de prendre garde aux « ours » car, la région est une zone protégée, et quelques ours y vivent.

 

Ce lac est vraiment dans une zone peu praticable, les accès sont très délicats, et il faut un vrai 4×4 pour pouvoir approcher des postes de pêche, cela limite grandement les places où je pourrai me rendre.

 

Première vision

 

 Je trouve une place avec 200 m de chemin que je devrai faire à l’aide de ma brouette, mais lorsque j’arrive pour voir de plus près, il y a deux pêcheurs de carpes grecs avec un bateau-amorceur… puisque la barque est interdite ici.

 

Nous sympathisons et l’un des deux parle parfaitement l’anglais, ce qui facilite la discussion.

 

Ils sont là pour trois jours, je repars plus loin et trouve une place où il me faut descendre le matériel sur 80/90 m de dénivelé, à 40/45 degrés. Là, c’est très physique et pour une fois je commence à croire que c’est presque sportif la pêche de la carpe.

 

Une eau cristalline

 

 

 Je suis dans un bras donnant sur une large baie, devant moi des herbiers, ce qui est bon signe puisqu’il n’y en a pas partout, puis 3.50 m de fond relativement propre. Je pêche donc avec une canne devant moi, juste derrière un banc d’herbier et une autre à 20 m a ma droite, derrière le deuxième banc d’herbier, mais là, dans à peine 2 m d’eau.

 

 

Durant la nuit je toucherai une toute petite miroir linéaire, un poisson d’à peine 1 kg… le premier depuis que je suis arrivé. J’entendrais également des sauts de poissons un peu plus gros sur ma gauche, à environ 200 m . Au matin, une fois que la brume est dissipée, je vois la zone où les carpes s’amusent… il s’agit d’une zone dont la berge est faite d’un gros enrochement qui descend dans l’eau, à n’en pas douter les écrevisses doivent être en grand nombre dans ce secteur. Dommage que je n’ai pas de bateau car, il est un peu plus accessible d’une autre place.

 

Arrivée prévue de mon ami Marios

 

 Le lendemain matin, Marios m’appelle pour savoir où je suis, il devrait arriver le soir même.
N’ayant pas eu le temps de prospecter pour trouver un poste accessible, et un peu plus intéressant. Je lui dis que je suis sur le lac Aoos, que je vais changer de place, et que je lui enverrai ma position par téléphone.

 

Après avoir remballé, je fais le tour du lac. Les places qui permettent un accès avec la voiture sont vraiment limitées. Les chemins ne sont vraiment pas carrossables pour mon véhicule. Et en admettant que je puisse descendre, il faut que je prenne la météo en compte. Car, en cas de pluie pas sûr que je puisse remonter.

Je trouve tout de même une place non loin d’une baie qui me plaît beaucoup. Hélas, je ne trouve pas de chemin pour y descendre. Je m’installe là, encore où je peux et envoie ma position à mon ami.

Marios arrive en soirée. Cela me fait vraiment plaisir de le revoir, et de savoir que l’on va pêcher quelques jours ensemble. Je lui ai préparé son abri, nous mangeons une des terrines que j’ai apporté, lui en donne une pour chez lui, ainsi qu’un carton d’un breuvage bien français.

Cette nuit nous apportera qu’un autre petit poisson, et une touche latérale qui ne fera pas sonner le détecteur. Je retrouverai la ligne à l’aube à deux mètres du bord sur ma droite.

Persévérance

 

Au matin, après avoir pris un bon café. Je pars faire une petite reconnaissance pour voir s’il y a accès à la baie tant convoitée.

Je trouve un chemin à peu près praticable. Alors que je reviens vers le camp, ce chemin est à peine visible de la route. D’ailleurs, je suis passé deux fois à côté sans le voir ! Car, il n’y a que dans un sens de circulation que l’on peut l’apercevoir. Il faut dire qu’il y en a un à 10 m à peine qui descend vers cette baie. Mais là, il y a une pente très raide et des ornières de 50 à 70 cm. Non praticable pour moi, mais pas pour d’autres ! Puisque lorsque nous arrivons avec Marios sur la partie gauche de la pointe… derrière un ruisseau, il y a un monsieur de 71 ans, Georgios, qui lui, est descendu par le chemin impraticable. Il faut dire qu’il est équipé pour ! Ce dernier est également très bien équipé pour pêcher la carpe ! Rod-pod, canne de très bonne qualité et détecteurs…

 

<<D’ailleurs, Il fait ses bouillettes lui-même !>>

 

Bref  ! Les carpistes grecs de tout âge savent visiblement pêcher. Même s’ils ne sont pas aussi nombreux qu’en France, ils n’ont rien à nous envier sur le plan technique.

 

Nous nous installons assez loin sur sa droite, bien en deçà du ruisseau. En fait, de l’autre côté de la petite île, à 40 m devant la pointe. Cela ne le gêne pas car, il ne reste pas au-delà de la soirée.

Il viendra prendre un apéro et goûter la terrine de France avec nous…

 

Ce pêcheur est sculpteur sur bois, il nous montre quelques-unes de ses œuvres , c’est assez…

 

<<impressionnant !>>

 

 

 

Revenons à notre pêche en Grèce

 

 Pour ce qui concerne le poste, nous avons une petite île à gauche. Le fond descend rapidement entre 5 et 7 m, puis à 12 m pour remonter juste à la droite de l’île à 5 mètres. C’est là que je vais amorcer ! Avec de l’amorce qui est en fait la base de mon mix à bouillettes. Puis des bouillettes cubiques lancées à la fronde. Il y a environ 50/60 m de distance.

 

Ce n’est qu’en soirée que l’on commence à toucher du poisson. La première nuit nous en faisons 10 ou 11 de mémoire. Une seule petite miroir, le reste n’étant constitué que de communes. Marios est sur le pied de guerre, il fera un poisson sur deux.

 

La journée suivante est moins productive puisque seulement 4 poissons viennent nous sortir de nos discussions.

 

La deuxième nuit est comme la première, sauf que là ! Nous commençons à toucher des poissons plus gros que ceux de la veille qui étaient entre 1 et 1.5 kg..

 

Ce lac n’est pas très vieux, une trentaine d’années je crois, avec des allures de Salagou.

 

 Je pense que c’est un lac en devenir, puisqu’il s’y est attrapé quelques carpes entre 15 et 17 kg. Depuis cinq ou six ans, il y a des anodontes et des écrevisses, choses qu’il n’y avait pas auparavant.

 

J’ai vu des photos de truites magnifiques. Il y a également des esturgeons, et des carpes miroir qui y ont été introduites

 

<< Je crois vraiment que ce lac comptera dans une dizaine d’années, comme un lac à gros poissons. >>

 

Christophe Babec